Nos ingrédients : pourquoi l'huile d'olive est mon premier choix

Quand on me demande pourquoi mes savons contiennent surtout de l'huile d'olive, je réponds souvent que c'est une question d'habitude. Mais en vérité, c'est un choix bien plus réfléchi que ça — un choix qui touche autant à la tradition qu'à la chimie, et qui rejoint directement ce que je disais sur le temps.

Une huile plus vieille que la savonnerie moderne

L'huile d'olive n'est pas un ingrédient à la mode. Elle est carrément le socle historique de la savonnerie. Le savon d'Alep, en Syrie, l'utilisait déjà il y a des siècles, mélangée à de l'huile de laurier. Quand cette tradition a voyagé vers l'Europe avec les Croisades, l'Espagne — riche en oliveraies — en a fait sa propre version dès le Moyen Âge : le savon de Castille, à base d'huile d'olive pure. Il s'est exporté partout en Europe à partir du 12e siècle, au point que le mot « Castille » est devenu synonyme de savon fin. Plus tard, la même tradition a donné naissance au savon de Marseille : en 1688, un édit royal exigeait que le véritable savon de Marseille soit fait exclusivement à l'huile d'olive, sans gras animal. Alep, Castille, Marseille — trois générations d'un même savoir-faire, toutes bâties sur la même huile.

Quand je choisis l'huile d'olive, je me sens un peu comme le dernier maillon d'une chaîne qui existe depuis longtemps, bien avant les tendances et les huiles exotiques importées.

Une huile douce pour la peau

Au-delà de l'histoire, il y a la chimie. L'huile d'olive est riche en acide oléique, un acide gras qui donne aux savons une douceur remarquable. Contrairement aux huiles qui nettoient de façon plus énergique, elle donne un savon réputé doux et conditionnant, pour le corps comme pour le visage. C'est aussi une huile simple, peu transformée — exactement le genre d'ingrédient qui correspond à l'idée que je me fais d'une alternative saine aux produits d'hygiène du commerce.

La patience, encore elle

L'huile d'olive a aussi son petit caractère. Un savon fait à haute proportion d'olive prend son temps : il durcit lentement, et sa mousse met du temps à se révéler. Fraîchement coupé, ce genre de savon peut sembler dense, presque visqueux, et ne mousse pas beaucoup. C'est normal — et c'est exactement ce que je disais dans mon article sur le temps : la patience est un ingrédient à part entière. Les savonniers artisans s'entendent généralement pour dire qu'un savon riche en huile d'olive atteint sa pleine mousse après une cure d'environ un an. Certains avancent même une explication : l'huile d'olive contient des composés non saponifiables, dont le squalène, qui agirait comme un émulsifiant à l'intérieur de la barre. Avec le temps, la structure se réorganiserait tranquillement, libérant davantage de savon disponible pour mousser. C'est une hypothèse plus qu'une certitude scientifique, mais elle explique bien pourquoi la patience paie autant avec cette huile.

Rassurez-vous : mes savons sont prêts à utiliser après leur cure de quatre à six semaines. Mais ils continuent de s'améliorer avec le temps. Un savon gardé quelques mois en réserve, dans un endroit sec, ne fera que gagner en dureté et en mousse. C'est pour ça que j'aime toujours en avoir un ou deux d'avance.

D'ailleurs, j'ai un projet en tête : fabriquer un jour un vrai savon de Castille — 100 % huile d'olive, qu'on laisserait vieillir une année complète, pour vivre cette patience jusqu'au bout.

Ma recette, trouvée à force d'essais

Quand j'ai commencé à faire du savon, j'ai testé pas mal de combinaisons différentes. J'avais envie d'essayer toutes sortes d'huiles, question de voir ce que ça donnait. Mais chaque fois, je revenais à la même base : environ 80 % d'huile d'olive et 20 % d'huile de coco. Ce genre de recette a même un nom chez les savonniers : on l'appelle un savon Bastille. Quand l'huile d'olive compose la grande majorité de la recette, généralement 70 % et plus selon les sources, et qu'on la complète avec une petite proportion d'une autre huile, c'est le terme consacré. C'est en quelque sorte le compromis entre le Castille pur et une recette plus équilibrée : l'olive pour la douceur, le coco pour la mousse et le nettoyage qu'elle n'a pas naturellement. Je vous reparlerai de l'huile de coco dans un prochain article, dédié celui-là aux huiles qui font mousser.

Pour moi, faire du savon, ce n'est pas assembler une formule comme on le ferait en pharmacie. C'est plutôt reconnaître ce que chaque huile offre déjà de mieux, et savoir l'exploiter tel quel. L'huile d'olive n'est pas mon premier choix par tradition seulement — même si cette tradition remonte à des siècles — c'est parce qu'elle correspond exactement à la sorte de savon que je veux offrir : doux, patient, et honnête dans sa composition.

Sources

Pour les curieux, voici les sources qui ont servi à vérifier les faits historiques et techniques de cet article :

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