Nos ingrédients : l'huile de coco, la championne de la mousse - Juste du Savon

L'huile de coco, la championne de la mousse

Dans mes savons, l'huile d'olive fait la plus grande partie du travail. Mais seule, elle donnerait des savons qui moussent bien peu. C'est là qu'entre en jeu l'huile de coco : à peine 20 % de la recette, mais un rôle que l'olive ne peut pas jouer. Et son histoire en savonnerie est plus surprenante qu'on pourrait le croire.

Si ce n'est pas déjà fait, lisez d'abord pourquoi l'huile d'olive est mon premier choix.

Une huile venue d'ailleurs

Pendant des siècles, les grands savons de la Méditerranée ont été faits d'huile d'olive. Le savon de Marseille lui-même était, par édit royal, un savon d'huile d'olive pure. Puis, au 19e siècle, tout change.

À partir des années 1820, le commerce maritime fait arriver au port de Marseille de nouvelles matières grasses importées d'Afrique et d'Asie, dont le coprah : la chair séchée de la noix de coco, dont on extrait l'huile. Moins chère, disponible en grande quantité et capable de produire une mousse abondante, l'huile de coco s'impose rapidement. Peu à peu, elle remplace une bonne partie de l'huile d'olive dans les savonneries, jusqu'à devenir l'une des bases du savon industriel moderne.

Chez moi, ce n'est pas un remplacement — c'est un complément.

Je l'utilise en petite quantité, pour aller chercher ce que l'olive seule ne peut pas donner.

La championne de la mousse

Et ce qu'elle donne, c'est de la mousse. L'huile de coco la doit à deux acides gras : l'acide laurique (environ 45 à 50 % de l'huile) et l'acide myristique (environ 16 à 20 %). Ce sont des acides gras saturés à chaîne courte : 12 atomes de carbone pour le laurique, 14 pour le myristique, contre 18 pour l'acide oléique de l'huile d'olive.

Cette chaîne courte change tout. Une fois saponifiés, ces acides deviennent du laurate et du myristate de sodium, des molécules petites et très solubles dans l'eau. Dès que la barre est mouillée, elles se dissolvent rapidement et vont se placer à la surface de l'eau, ce qui abaisse sa tension superficielle : l'air s'y emprisonne facilement, et les bulles se forment en quantité.

Les deux acides ne jouent pas tout à fait le même rôle. Le laurate donne une mousse instantanée, aérée, à grosses bulles. Le myristate, avec sa chaîne un peu plus longue, donne une mousse plus dense et plus stable, qui tient plus longtemps. Et comme ces acides sont saturés, leurs chaînes droites s'empilent bien les unes contre les autres : ils rendent aussi la barre plus dure.

À l'inverse, l'oléate de sodium de l'huile d'olive, plus long et plié par sa double liaison, se dissout plus lentement et donne une mousse fine et crémeuse, mais discrète. C'est exactement ce qui manque à un savon fait uniquement d'huile d'olive.

Une huile qu'il faut savoir doser

Mais comme souvent en savonnerie, une grande qualité vient avec un revers. Utilisée en trop grande proportion, l'huile de coco peut assécher la peau : son pouvoir nettoyant devient tellement fort qu'il retire aussi les huiles naturelles qu'on veut garder. Selon moi, une recette équilibrée ne devrait pas en contenir plus de 25 à 30 %, question de profiter de sa mousse sans sacrifier la douceur.

Dans mes savons, je m'arrête à 20 %. Pas plus, parce que ce n'est pas nécessaire — l'huile d'olive fait déjà l'essentiel du travail pour la douceur, et il suffit d'une petite dose de coco pour lui donner la mousse qui lui manque.

Au fond, l'olive apporte la douceur, le coco apporte la mousse, et chacune compense ce qui manque à l'autre. Deux huiles de base, pas plus : c'est tout ce qu'il faut pour faire un bon savon. Juste du savon, finalement.

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